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Documents

Écriture et graphisme

Des premières traces jusqu’à l’écriture

Du dessin à l’écriture : le passage

L’enfant qui écrit mal

Écrire, mal écrire

La graphothérapie clinique

Écrire, mal écrire

Pourquoi, de nos jours, à l’époque de l’internet, à l’époque où l’écran règne en maître, s’intéresser encore à l’écriture manuscrite, l’écriture manuellement tracée ?

Qu’y a-t-il de plus banal que mal écrire ! Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir une jolie écriture. Certaines écritures sont même très officiellement qualifiées de vilaines, difficiles à lire etc., sans que leurs auteurs en paraissent le moindrement affectés. Pour certains en effet l’écriture est une affaire sans importance.

Mais il en est d’autres que mal écrire dérange, agace, blesse.

Question de regard sans doute. Et la réaction de chacun à sa propre écriture dépend évidemment du regard qu’il y porte. Mais dans ce regard, qui regarde en réalité ? Pour qui, pour quel regard écrit-on ? Et pourquoi la main qui écrit se sent-elle selon les cas, tranquille et sûre d’elle, ou tatillonne et soucieuse, ou encore honteuse de ses productions ?

Il est bien évident qu’on attend toujours d’une écriture qu’elle soit non seulement suffisamment lisible et rapide, mais encore qu’elle soit «convenable».

Il en résulte, du reste, des attitudes très ambigües, autant du côté de l’environnement de l’enfant que du coté du corps enseignant voire des cliniciens eux-mêmes : soit l’écriture est considérée comme une affaire que l’on peut négliger, soit on y attache une importance démesurée. L’écriture suscite souvent des réactions paradoxales. Il lui arrive aussi bien d’être érigée en art ou divinisée que rabaissée et jugée avec dérision.

Ils continuent en tout cas à venir consulter ces enfants, affublés d’une «mauvaise écriture» au point d’incommoder l’entourage ou d’en être eux-mêmes affectés, et ils consultent très souvent pour la simple raison qu’ils écrivent mal, sans qu’aucune autre difficulté ne soit invoquée. C’est parfois l’école qui alerte, parfois d’autres cliniciens désemparés devant l’inefficacité de tentatives rééducatives qui ont déjà eu lieu sans effet.

Notre expérience clinique et nos recherches nous ont montré que si un enfant écrit mal, (en dehors de toute pathologie physique ou psychique grave), ce n’est pas, comme on le croit encore souvent, parce qu’il est maladroit, ou mal repéré dans l’espace, ou peu concentré et instable. Ou encore, comme on l’entend dire fréquemment, parce qu’il est gaucher. Les gauchers en effet n’écrivent pas nécessairement plus mal que les droitiers. En aucun cas, le trouble de l’écriture n’est la simple conséquence d’un trouble moteur ou praxique ou de la latéralité, pas plus qu’il ne saurait être lié à un trouble du langage, oral ou écrit. On peut rencontrer une très grande difficulté à écrire chez un enfant très adroit manuellement et sportif, donc sans incompétence dans le domaine moteur. On la rencontre tout autant chez un enfant à l’aise verbalement et s’exprimant dans un langage très élaboré, aussi bien verbalement que par écrit du reste car les compétences rédactionnelles de ces enfants ne sont pas forcément en défaut. Leurs performances scolaires peuvent être très correctes, ils sont même parfois très bons élèves; et, qui plus est, leur apprentissage de l’écriture peut s’être passé sans histoire c’est à dire que ce n’est pas non plus une question de mauvais apprentissage. Par ailleurs ces enfants présentent en général une adaptation sociale de bon aloi et leur fonctionnement intellectuel n’est pas du tout en cause. Il arrive même au contraire qu’ils manifestent un goût de la connaissance : enfants savants qui éblouissent par leur sérieux et leur savoir. Ils ont également souvent fortement investi le langage et parlent très bien, ce qui les rend certes très séduisants, mais d’autant plus déroutants pour l’entourage pédagogique qui en perd ses repères. «Comment un enfant aussi à l’aise, voire aussi doué sur tous les plans, peut-il présenter une telle écriture ? «

Ainsi, on peut avoir des difficultés sérieuses avec l’écriture, et ne présenter ni trouble du langage écrit, ni trouble de la psychomotricité, ni trouble intellectuel ou cognitif, ni trouble névrotique particulier.

Si l’on se réfère à la récente Classification Française des Troubles Mentaux de l’Enfant et de l’Adolescent (CFTMEA), l’écriture n’est pas mentionnée dans les troubles des fonctions instrumentales où se trouvent les troubles du langage et les troubles psychomoteurs, ni dans les pathologies névrotiques, mais elle figure sous l’appellation «crampe de l’écrivain» dans la catégorie générale des «troubles à expression somatique et comportementale». C’est cette place qui nous paraît appropriée et juste.

Marie-Alice Du Pasquier


AEGC, Association pour l’Enseignement de la Graphothérapie Clinique

Centre hospitalier Sainte-Anne, Service de psychologie et de psychiatrie de l’enfant et l’adolescent
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